Les groupes d’autodéfense, souvent appelés brigades de vigilance, sont à l’origine conçus avec une mission claire : protéger la population face à l’insécurité, notamment dans les zones où l’État est perçu comme faible ou absent. Leur existence répond à une réalité difficile, marquée par la peur, les violences et la recherche de protection immédiate.
Cependant, dans la pratique, une inquiétude grandit au sein de la population. Dans certains cas, ces groupes ne sont plus perçus uniquement comme des protecteurs, mais parfois comme une nouvelle forme de menace. Des dénonciations font état d’intimidations, d’exigences de “droit de passage”, et de situations tragiques où des civils auraient été victimes de violences sous prétexte de suspicion ou d’absence de pièces d’identité.
Ces dérives, si elles ne sont pas encadrées, posent une question fondamentale : qui contrôle les contrôleurs ?
La sécurité ne peut pas devenir un espace où la règle est remplacée par l’arbitraire. Même dans un contexte d’insécurité grave, aucun groupe ne devrait s’arroger des pouvoirs qui relèvent des institutions légales. Lorsqu’une personne est suspectée, même si elle est réellement impliquée dans des activités criminelles, elle doit être remise aux autorités compétentes afin que la justice suive son cours.
C’est là que se pose l’enjeu central : la régulation.
Les groupes d’autodéfense doivent être encadrés, enregistrés et suivis par les autorités policières. Leur composition, leur nombre, leurs responsabilités et leurs actions doivent être clairement définis. Sans cela, le risque est grand de glisser d’une logique de protection vers une logique de pouvoir informel, difficile à contrôler et potentiellement dangereux pour la population elle-même.
Dans un tel climat, une autre question devient incontournable : quel exemple donnons-nous à la jeunesse ?
Si ceux qui prétendent défendre la sécurité adoptent des comportements perçus comme abusifs ou violents, alors le message envoyé aux jeunes est contradictoire. Il ne s’agit plus seulement de sécurité, mais aussi de modèle social, de valeurs et de respect de la vie humaine.
La lutte contre l’insécurité ne peut pas justifier la suspension des principes fondamentaux de justice et de dignité. Sans encadrement, sans responsabilité et sans respect des institutions, même une initiative née d’une bonne intention peut devenir une source supplémentaire d’instabilité.
La véritable sécurité ne se construit pas uniquement par la force, mais par l’organisation, la légitimité et la confiance entre la population, les forces de l’ordre et les structures communautaires.

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